Quand les bannis rêvent d’être présidents Reviewed by Momizat on . Bannis de leur propre pays, ils continuent de rêver au fauteuil présidentiel, comme l’ont fait avant eux Alexis Sinduhije au Burundi ou Gilchrist Olympio au Tog Bannis de leur propre pays, ils continuent de rêver au fauteuil présidentiel, comme l’ont fait avant eux Alexis Sinduhije au Burundi ou Gilchrist Olympio au Tog Rating: 0

Quand les bannis rêvent d’être présidents

montageexiles-592x296-1443625161Bannis de leur propre pays, ils continuent de rêver au fauteuil présidentiel, comme l’ont fait avant eux Alexis Sinduhije au Burundi ou Gilchrist Olympio au Togo. Gros plan sur ces exilés qui se voient chefs d’État.

Le feuilleton Moussa Dadis Camaracamara

Son « retour » est l’un des feuilletons qui agitent l’Afrique de l’Ouest. Depuis qu’il s’est envolé pour le Maroc, un jour de tentative d’assassinat sur sa personne le 3 décembre 2009, Moussa Dadis Camara n’a pas revu la Guinée, en dehors d’un bref séjour lors de l’enterrement de sa mère, en 2013. Interdit de territoire, le capitaine natif de Guinée forestière n’en garde pas moins une influence, au moins régionale, tout autant qu’une ambition (nationale celle-ci).

« Dadis » n’a pas dit adieu à ses rêves de grandeur, alors que la présidentielle guinéenne du 11 octobre se profile. Il s’y était d’ailleurs porté candidat, en comptant sur le soutien de la Guinée forestière, et avait entamé des tractations avec Celou Dalein Diallo. Hélas, le président Alpha Condé est resté intraitable : alors que Moussa Dadis Camara était enregistré le 26 août sur un vol de Ouagadougou à Abidjan en Côte d’Ivoire, d’où il aurait dû gagner Conakry, le chef d’État guinéen a joué les contrôleurs aériens.

Après un coup de fil à Alassane Dramane Ouattara, « Alpha » a réussi à faire atterrir l’avion au Ghana. Résultat : retour à la case départ, Ouagadougou, pour le candidat Camara. Quelques jours plus tard, il annonçait renoncer à sa candidature, sans toutefois donner de consigne de vote. Partie remise pour l’exilé « Dadis » ?

Le spécialiste François Bozizébozize

Il est souvent difficile pour un ancien chef d’État de ne pas songer à un retour au pouvoir. D’autant plus quand il en a été chassé, comme ce fut le cas de François Bozizé en Centrafrique en 2013. Alors que son pays continue de s’embraser épisodiquement, l’ancien président attend son heure. Et, fort de son expérience (président, il a été chassé à trois reprises de sa capitale), il la prépare.

Exilé en Ouganda, il a été désigné, début août, candidat de son parti, le Kwa Na Kwa, pour la présidentielle qui doit se tenir avant la fin de l’année. « Deux ans et demi se sont écoulés et je pense que le peuple centrafricain a su faire la différence entre ce qui existait en mon temps et ce que nous constatons aujourd’hui », a notamment déclaré, sur RFI, l’ex-chef d’État pour justifier son projet de candidature. Pourtant, si, dès août 2013, il se dit persuadé de revenir « tôt ou tard », François Bozizé n’entrevoit pas encore tout à fait les rives de l’Oubangui. Les obstacles sont de taille.

D’abord, « Boz » est toujours sous le coup des sanctions prises contre lui en 2014 par les Nations unies, qui lui reprochent d’avoir « apporté un appui à des miliciens [anti-balaka, NDLR] qui s’emploient à faire dérailler la transition en cours et à le ramener au pouvoir. » Ensuite, il est également l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par la justice centrafricaine. Enfin, il pourrait être poursuivi à la Cour pénale internationale, qui instruit le dossier centrafricain à la demande de Catherine Samba-Panza. De quoi refroidir ses ardeurs, d’autant que son ombre plane au-dessus des derniers événements tragiques de Bangui.

Michel Djotodia, en tournéedjotodia

Décidément, la présidentielle centrafricaine suscite les ambitions des exilés. Michel Djotodia, ancien putschiste tombeur de François Bozizé, fait partie des prétendants. Depuis Cotonou, au Bénin, où il possède une résidence, il continue d’avoir le regard tourné vers la Centrafrique dirigée par Catherine Samba-Panza et vers ses potentiels alliés de l’ancienne Séléka, qui se font discrets depuis plusieurs mois.

Pourtant soumis à une interdiction de voyager, discret dans les médias, il a été vu à Lagos ou plus fréquemment à Nairobi, où des leaders de l’ancienne rébellion se sont succédés et où il a tenté de trouver des soutiens. Pourtant, la réussite est plus qu’hypothétique.

L’ancien putschiste est notamment loin d’être assuré de faire l’unité autour de lui parmi les reliquats de l’ancienne Séléka. S’il est toujours officiellement maître d’une des trois anciennes branches, le Front populaire de renaissance de Centrafrique (FPRC), il est a priori toujours contesté par les deux autres : le Rassemblement pour le Renouveau de Centrafrique de Zacharia Damane, et l’Union pour la paix en Centrafrique (UPC) d’Ali Darassa.

Hama Amadou, aspirant martyr

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S’il réside en France depuis un an, Hama Amadou ne compte pas manquer à l’appel des urnes nigériennes. Désigné candidat à la présidentielle de février 2016 par son parti, le Mouvement démocratique nigérien (Moden), à Zinder, le 13 septembre, l’ancien président de l’Assemblée nationale promet de rentrer « bientôt » battre campagne. Problème : cela ne dépend pas uniquement de lui.

Mis en cause dans l’affaire des bébés volés, il est poursuivi, comme une vingtaine de personnes, pour « supposition d’enfants », délit consistant à attribuer la maternité d’un enfant à une femme ne l’ayant pas mis au monde. Le gouvernement menace donc de le faire arrêter dès son arrivée sur le sol nigérien et a bien l’intention de laisser faire la justice, que l’intéressé soit candidat à la présidentielle ou non.

Pas de quoi, selon lui, effrayer Hama Amadou, qui a profité de son année d’exil pour forger des contacts à l’international. « Je suis arrivé en France sans l’aide de personne, j’en repartirai de la même façon. S’il me fait tuer ou emprisonner, Mahmadou Issoufou devra assumer. M’arrêter donnerait un bon coup de pouce à ma campagne », déclarait encore récemment l’ancien président de l’Assemblée àJeune Afrique. Un vrai bras-de-fer.

Ahoua Stallone, American story

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Il se voyait en challenger d’Alassane Dramane Ouattara pour la présidentielle 2015. La Commission électorale indépendante de Côte d’Ivoire en a décidé autrement. Faute de s’être acquitté de la somme requise, 20 millions de francs CFA, Ahoua Stallone, candidat du Mouvement pour la démocratie en Côte d’Ivoire (MDCI) a vu son dossier rejeté.

Exilé aux États-Unis depuis la crise post-électorale de 2010,  l’ancien président du club de football du FC Hiré, qui a évolué en première division, avait pourtant commencé à faire campagne dans les médias. S’attaquant à Kouadio Konan Bertin, Charles Konan Banny ou encore Essy Amara, qu’il a accusés d’être de faux défenseurs de Laurent Gbagbo, il avait promis vouloir apporter la « réconciliation vraie » afin de combler « le fossé abyssal qui conduira inéluctablement les Ivoiriens vers le précipice ». Les Ivoiriens devront attendre…

… Tout comme la Cour pénale internationale (CPI) il semblerait. Cette dernière a récemment émis le souhait de l’entendre en qualité de témoin dans l’affaire Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, dont il était proche. Son avocat lui a alors conseillé de ne pas quitter le territoire américain, les États-Unis ne reconnaissant pas les compétences de la CPI, contrairement à la Côte d’Ivoire.

Angelo Houssou, juge et partiAngelo-Houssou

De réfugié politique à candidat, il n’y a parfois qu’un pas, que l’ancien juge d’instruction au tribunal de première instance de première classe de Cotonou,Angelo Houssou, a franchi. Son nom, tous les Béninois le connaissent : officiant dans les dossiers sensibles, il a notamment rendu les deux ordonnances de non-lieu dans les affaires dites « Talon », en 2013. Ce qui aurait pu précipiter sa chute.

Arrêté par la police béninoise dans la nuit du 17 au 18 mai 2013, interrogé à la Direction générale de la police nationale, il voit son passeport saisi peu après la signature de ces ordonnances. Il parvient toutefois à quitter le pays, le 1erdécembre 2013, direction les États-Unis et New York. Un déclic ? Toujours est-il que c’est en exil qu’il décide de vivre « une citoyenneté plus active basée sur l’exercice de son droit à la parole et son devoir de contribuer à l’amélioration de la qualité de la gouvernance dans son pays », écrit-il dans un livre relatant sa fuite.

De retour au Bénin depuis le 15 août dernier, il est désormais officiellement candidat à la présidentielle de 2016 et ne ménage pas sa peine. Le leader du Bénin Autrement Gouverné reçoit aujourd’hui par délégations successives et espère bien profiter de sa notoriété pour réunir les foules et les bulletins de vote.

Patrice Talon, candidature cotontalon

Et si la prochaine présidentielle béninoise comptait deux anciens exilés dans ses rangs ? Patrice Talon s’est bien gardé de se déclarer officiellement candidat. Mais le fait qu’il pense à l’échéance n’est plus un secret, alors qu’il avoue lui-même s’être beaucoup investi lors des dernières législatives.

En exil en France depuis trois ans, l’homme d’affaires avait prévu de rentrer au Bénin à la mi-août à Cotonou. Il y a ensuite renoncé, avant d’annoncer à Jeune Afrique, qu’il serait de retour « en octobre au plus tard ». À l’heure qu’il est, l’intéressé n’a pas encore sauté le pas. La justice l’attend en effet de pied ferme, alors qu’il est poursuivi pour détournement de fonds publics lors de la dernière campagne coton qu’il a gérée en 2011-2012.

Aidé de ses proches du Mouvement Patrice Talon (MPT), qui réunit la plupart des anciens conseillers du président béninois (Alexandre Hountondji, ex-conseiller politique, Amos Elègbè, ex-conseiller spécial chargé de la politique, Joseph Tamègnon, ex-conseiller à l’économie), il mobilise aujourd’hui des mouvements de soutien dans la capitale béninoise. Et pour cause, si son rival Boni Yayi ne pourra se présenter en 2016, il lui faudra tout de même, s’il parvenait à faire valider sa candidature, se méfier d’autres poids lourds, comme le Premier ministre actuel, Lionel Zinsou.

Mathieu Olivier (Jeune Afrique)

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